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La lettre d'information de FinHarmony

Pédagogie et Finance

Lettre d’information n°13

Pédagogie et Finance

La finance est naturellement un sujet technique. Les non financiers le savent bien : ils sont souvent rebutés par son jargon et ses formules ésotériques. C’est vrai aussi pour les financiers, qui doivent rester à jour des dernières nouveautés fiscales ou comptables.

Or, dans de nombreux domaines financiers, la formation initiale est faible ou inexistante. Combien existe-t-il de cursus universitaires à la consolidation, alors que cette technique est indispensable à tout groupe, même de taille relativement modeste ? Combien de diplômes universitaires aux IFRS ? Quant au contrôle de gestion, il est toujours organisé d’une façon propre à l’entreprise, avec des indicateurs spécifiques, et il ne se prête pas bien non plus à l’enseignement initial, forcément générique.

La compétence financière repose donc essentiellement sur la formation professionnelle continue. Or, il ne s’agit pas d’un sujet facile : les responsables de formation, par leur fonction transverse, ne maîtrisent pas toujours la matière et sont tentés de déléguer aux financiers. Mais ces derniers n’ont pas toujours le temps, ni les compétences pédagogiques pour assurer une transmission efficace des savoirs et pratiques en finance de l’entreprise.

C’est donc sur ce couple Finance et Pédagogie que nous vous invitons à réfléchir dans ce numéro de notre newsletter.

Bonne lecture !


Christophe Marion
Fondateur de FinHarmony

Etonnements

Les formations à la finance peuvent aussi être captivantes !

La finance, c’est sérieux, c’est rationnel. En formation financière, la tentation est donc forte de « faire sérieux » et de ne s’adresser qu’au fameux « hémisphère gauche » du cerveau. Pourtant, ce n’est pas le plus efficace. Dans la finance comme ailleurs, les règles de la pédagogie pour adultes s’appliquent : « Dites-moi, j’oublierai. Montrez-moi, je comprendrai. Impliquez-moi, je me souviendrai ». Ceci est encore plus vrai lorsque l’on s’adresse à un public de non financiers, pour qui l’absence d’application au quotidien des messages-clés de la formation rend la difficulté encore plus grande. Heureusement, il existe des solutions éprouvées.

D’abord, toujours assurer le lien entre concepts et pratique. Bien que cette idée paraisse évidente, ce n’est pas si facile à réussir : purement utilitaire, la formation ne permet pas de donner du sens à la pratique professionnelle, ni de faire face à l’imprévu. Mais si la formation est purement théorique, on risque de passer à côté de l’amélioration concrète des pratiques. Donc, ne jamais faire de pratique sans un minimum de concepts, mais toujours donner du contexte aux concepts. L’appui sur les exemples concrets est fondamental pour favoriser l’appropriation et la transposition.

Ensuite, favoriser l’apprentissage collaboratif. Ce que l’on a expliqué à d’autres, on ne l’oublie plus. Le formateur en finance ne doit pas être un « maître » qui monopolise la parole, mais un catalyseur de l’apprentissage en commun, plus efficace et plus durable.

Enfin, jouer sur toutes les cordes disponibles : utiliser tous les langages universels de l’apprentissage. Les histoires jouent un rôle important dans l’acquisition de savoir. Le récit (conte ou histoire vécue) est un puissant accélérateur de formation. Le jeu fonctionne aussi très bien.

Alors, oui, les formations finance peuvent devenir captivantes… et efficaces !


Par Béatrice Guillet

Consultante

Focus

Le RF, élément-clé de la formation finance… aussi !

L’offre de formation initiale dans les métiers de la finance est relativement faible. Soit parce que la matière est encore assez récente : il n’existe pas vraiment de cursus universitaire à la consolidation ou aux normes IFRS. Soit parce que la technique est forcément spécifique : difficile de se former à l’université à la comptabilité bancaire, ou au contrôle de gestion. Pourtant, aujourd’hui, nul ne peut se passer de maîtriser le vocabulaire de la finance, ainsi que certains de ses mécanismes. La compétence financière de l’entreprise repose donc fortement sur la formation professionnelle continue. L’entreprise doit gérer le processus d’acquisition et de développement de la compétence financière. Le responsable de formation (RF) est au cœur du dispositif.

En tant qu’experts du sujet, les financiers de l’entreprise sont naturellement des acteurs incontournables de ce processus. Mais plusieurs freins les empêchent souvent de jouer ce rôle de façon efficace. Cela peut être un manque de pédagogie pour faire passer leurs messages, de goût pour le faire et/ou de temps à y consacrer. Une raison peut aussi en cacher une autre : dire que l’on n’a pas le temps, est plus acceptable que dire que l’on n’en a pas envie, par exemple.

La première solution consiste donc à accompagner les financiers dans l’apprentissage des techniques de formation. Il ne s’agit pas simplement de savoir utiliser PowerPoint : dans une large mesure ce logiciel est souvent plus un frein à la formation qu’un réel outil. Il ne s’agit pas non plus de savoir présenter : les financiers savent souvent le faire efficacement, comme à l’occasion de présentations de résultats par exemple. Ce qui peut manquer, justement, c’est comprendre la différence entre une présentation et une formation, maîtriser les mécanismes d’apprentissage des adultes, et avoir des idées et une méthode pour concevoir une formation efficace. Parmi les erreurs les plus souvent commises, l’expert tend à oublier qu’il lui a fallu un long apprentissage pour le devenir, et il ne lui est pas facile d’admettre qu’il ne peut pas faire passer tout son savoir aux participants d’un seul coup. De plus, l’expert ne doit pas oublier comment il est devenu expert : par une longue pratique, pas par une formation, aussi bonne soit-elle. Si le diagnostic est ainsi placé, on comprend qu’il faut former les financiers à la formation et/ou, les faire assister par des professionnels, ou sous-traiter la conception ou l’animation des actions de formation.

Proposer une assistance méthodologique aux financiers est souvent la solution la plus efficace. D’abord parce qu’elle est rapide à mettre en œuvre. Ensuite parce qu’elle permet d’avoir le meilleur de deux mondes : l’expérience de la pédagogie, grâce à l’appel à une ressource externe, et la connaissance pratique du terrain par le financier. De plus, en formation, « le média est (souvent) le message ». En s’impliquant dans le projet de formation, le financier en démontre l’importance, ce qui renforce le message.

Mais cela n’est pas toujours possible et le RF doit être en mesure de proposer d’autres solutions. Sous-traiter est bien sûr une option facile, et rentable, si la ressource interne (les financiers) est plus rare que la ressource externe. Dans ce cas, le RF se transforme en acheteur. La difficulté est alors pour lui de travailler hors de sa zone de confort : acheter une prestation immatérielle, portant sur un domaine technique qu’il ne maîtrise pas nécessairement. On note que de plus en plus de groupes résolvent cette difficulté en recrutant un financier pour être responsable de formation finance.

Si la société ne sous-traite pas la formation financière, le RF est investi de tout son rôle, un rôle-clé : être le chef d’orchestre du processus de management de la performance. Il s’agit d’un processus complexe, avec de nombreuses étapes et impliquant des acteurs divers. C’est lui qui va décider du dosage entre les différents intervenants : quelle quantité d’implication des financiers maison, pour quelle quantité de consultants, pour quel objectif. A cet effet, le RF est idéalement positionné : il connaît les hommes et la logistique nécessaires pour impulser et promouvoir le changement. Informer, former, faire adhérer et impliquer l’organisation, pour développer et aligner les compétences : la mission-reine du RF.


Par Andréane Favre

Consultante

Perspectives

Quel mix pour le futur ?

Après une certaine folie de l’e-learning, il y a une dizaine d’années, les professionnels de la formation s’interrogent aujourd’hui sur de nouvelles propositions émergentes. Nouveaux media et réels compléments de formation, ou nouvelle mode ?

Le « m-learning » (mobile learning) rend disponible sur smartphone des contenus de formation ou d’information. On se doute que s’il s’agit d’une réelle innovation technique, les applications y seront limitées par la taille de l’écran et le fait que « le temps de cerveau disponible » n’y soit pas de première qualité : l’utilisateur de téléphone étant sans doute mal installé et susceptible d’être dérangé. Toutefois, la grande disponibilité du support en fait un plus appréciable dans certains cas, pour les quiz par exemple.

Pour éviter le plus grand écueil du e-learning, la difficulté à rester concentré sur un écran pendant de longues périodes, les « serious games » promettent d’impliquer l’apprenant grâce au jeu : la forme ludique permettant d’atteindre l’objectif « sérieux » de formation ou d’information.

Autre nouveauté du moment : le social learning. Puisque certaines personnes sont capables de passer des heures sur leur page ou celles de leurs amis sur les réseaux sociaux, pourquoi ne pas utiliser ce canal pour diffuser des messages à visée pédagogique ?

Devant cette avalanche de nouveaux supports, quelle attitude adopter ? On se doute qu’une dose de vigilance s’impose, mais elle ne doit pas aller jusqu’à l’inaction. Idéalement, ces solutions sont à développer sur mesure, en particulier dans le domaine de la finance. Mais les entreprises ne peuvent pas toujours se le permettre : si une place de cinéma coûte quelques euros, le film en a quant à lui coûté quelques millions. Produire son propre media est souvent hors de portée. Entretenir une présence sur un réseau social ne se conçoit que dans la durée, ce qui entraîne des coûts importants et une vraie planification. D’autant plus que le coût lui-même n’est pas certain, les dérapages en cours de production étant toujours possibles.

Face à une telle incertitude, la circonspection est de mise et les fondamentaux sont d’un grand secours : quel message, pour quel public ? Si le media est le message, celui-ci ne doit pas se résumer au dernier gadget. Approchés avec réalisme, les nouveaux outils présentent de nombreux attraits : ce sont de véritables prolongateurs de formation, à condition de se souvenir qu’ils ne sont que des outils au service d’un projet de développement des compétences.


Par Frédéric Petit

Consultant

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