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Le mythe de la « full fair value »

  • « La juste valeur est cohérente avec une vision anglo-saxonne de la comptabilité qui donne la prééminence au bilan par rapport au compte de résultat ». Cette affirmation est souvent entendue dans les réflexions sur l’évolution actuelle de la comptabilité. Si l’on admet cette affirmation comme vraie, alors il est logique de prévoir que la juste valeur prenne une place toujours plus importante à l’avenir, et même que la juste valeur s’applique un jour à tous les postes du bilan, qui deviendrait alors « parfait ».

    Pourtant l’affirmation de départ est erronée, car elle provient d’un malentendu que l’on peut résumer ainsi : les normes américaines donnent explicitement la préférence à la vision actif/passif (« asset/liability view ») par rapport à la vision charge/produit. Implicitement, les IFRS font de même. Cette préférence donnerait la prééminence au bilan.

    En fait, ce n’est pas exact. En effet, lorsqu’il s’agit de définir les éléments de base (« building blocks ») de la comptabilité, deux visions sont possibles. D’un côté la vision actif/passif détermine que les éléments de base sont les actifs, les passifs et les capitaux propres (définis comme la différence entre les actifs et les passifs). Cette vision amène à définir les charges et les produits comme des variations des actifs et des passifs. L’autre vision soutient que les éléments de départ sont les charges et les produits. Dans ce cas, le bilan est la résultante des charges et des produits, mais aussi de tous les ajustements qu’il est nécessaire d’enregistrer pour les revenus et les charges en cours de constatation.

    Naturellement les deux visions reviennent au même sur le plan économique. Mais sur le plan des définitions, il est beaucoup plus facile de définir les actifs et les passifs que les charges et les produits. C’est pourquoi, les normalisateurs US et IFRS ont préféré partir de ce qui est simple pour bâtir ensuite les concepts plus complexes. Cet ordre de définition est purement pratique pour les besoins de la normalisation et n’instaure pas une quelconque hiérarchie entre le bilan et le compte de résultat.

    Alors, si le postulat de départ est erroné, qu’en est-il du mythe de la « full fair value » ? Probablement un bel épouvantail, qui détourne l’attention des vrais problèmes et de la vraie réflexion, pourtant si nécessaire, dans le domaine des normes comptables.